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Mignonne, allons voir si la rose


Larmes ce matin.


Je pense à mes hommes, ceux qui ont croisé mon chemin. Chacun m'a guidé à sa manière, parfois douce parfois violente, parfois consciente parfois distante, mais tous m'ont guidé.


Depuis toujours, je le sais, je suis connectée. Comme toi, comme tous.


Enfant, dans le jardin de mes grands-parents, je faisais des parfums de rose. Je ramassais les pétales rouge velours, les inondais dans la dînette de ma mère. Ils macéraient plusieurs jours, grouillant d'une vie bactérienne qui m'a probablement immunisée pour toujours. L'odeur qui se dégageait alors était un mélange de rose et de pourriture, de terre et de sucre. J'étais déçue, ça ne sentait plus la rose, et pourtant c'était bien moi qui l'avais fait, avec l'intention de pouvoir conserver pour toujours le parfum des fleurs. L'expérience me montrait que c'était impossible dans la matière.


Mon souvenir aujourd'hui me dit que c'est possible dans le cœur. Aujourd'hui, en cet instant où j'écris, le parfum des roses m'envahit. Aujourd'hui dans mon cœur, il y a ce merveilleux souvenir d’enfance ; l'eau parfumée a viré mais l'odeur est intacte dans mon âme.


Tous ces hommes que j'ai croisés, autant de souvenir de roses... Certains sentaient déjà la mort, d'autres embaument encore. Tous sont présents dans mon cœur, et ont marqué mon âme.

  • Damien, mon amoureux du CP, au doux sourire tendre et fasciné ;

  • Thierry, première langue autorisée, monde de curiosités ;

  • Gilles, le déflorateur beau parleur, si beau et si pressé ;

  • Yannick, le faux meilleur ami d'adolescence, ce possible jamais concrétisé ;

  • Florian, bébé amour utilisé pour quitter mes parents, qui n'a pas su honorer ma grandeur ;

  • Thierry, amant magicien qui arrêtait le temps pour le plaisir du jeu, dont les leçons me parviennent seulement aujourd’hui ;

  • Guillaume, mâle puissant destructeur, tout petit enfant recroquevillé sur ses peurs ;

  • Alain, chevalier blanc depuis 15 ans, connecté inconscient, papillon merveilleux qui s'éloigne quand je m’éteins ;


Je vous aime, et je vous pardonne.


Je m'aime, et je me pardonne.


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Visuel ©Laure Martin 2021

Aquarelle sur papier, ayant servi de modèle aux linogravures "Rose rouge" et "Rose blanche"




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